Des SAPHIRS dans le RHIN

Par Alain Steinmetz.

Le week-end du premier mai 2000, au bord du Rhin à Kembs, j’ai pu réaliser une trouvaille incroyable. Tous les chercheurs présents étaient en train de creuser dans les berges des îles du fleuve à la recherche de paillettes d’or. Près de moi, deux personnes admiraient des galets colorés qui accompagnent souvent les sables lourds des batées. On y trouve en effets des grenats rosâtres, de la serpentine, de la calcédoine, de l’épidote etc. Personnellement, je ne m’attarde pas sur ces galets colorés, sauf s’ils ont une dimension exceptionnelle. Toutefois, je garde toujours les galets de quartz incolores et transparents connus sous le nom de « Rheinkiesel » Ces galets de quartz étaient très recherchés autrefois et étaient montés en colliers après polissage.

Ce jour là donc, mon attention fut attitrée par un petit galet bleuté de 1 centimètre. Je le mis dans ma poche sans autre précaution. Un peu plus tard je trouvais un autre galet remarquable, mais brun translucide, peut-être un grenat, que l’ai mis dans la poche lui aussi, en me disant que je les déterminerai plus tard. Mais plusieurs orpailleurs habitués du lieu, à qui j’ai montré ces galets, me disent que cela ressemble à du corindon.  Le corindon bleu étant du saphir, je trouvais cela invraisemblable. En fait, je pensais plutôt à un feldspath du genre labradorite et provenant des rejets d’un tailleur de pierre tombale.

Ce n’est qu’au retour en fin de journée, devant ma loupe binoculaire, que mes observations sur ce petit galet me donna la réponse. Il s’agissait d’un assemblage de petits cristaux à six pans, caractéristique des corindons. La couleur est bleu clair à l’extérieur, et plus foncée au centre. Des faces cristallines qui ont résistées à l’abrasion par les sables du fleuve indique que le minéral est très dur. Il s’agit donc d’un saphir ! Je venais de découvrir un saphir dans le Rhin. Celui-ci à un poids de 4,75 carats (presque 1 gramme) et une dimension de 1cm sur 5mm d’épaisseur.

Les corindons se forment dans des roches métamorphiques, les pegmatites et dans certains schistes. Bien que ces roches se trouvent dans les Alpes, aucune description de saphirs de cette grandeur n’est signalée à ma connaissance, dans les régions produisant des alluvions rhénans. Néanmoins, le corindon est connu dans plusieurs cantons de Suisse. Il existe un gisement de saphirs roses et rubis dans le massif du Grimsel, sur une moraine du glacier de l’Unter-Aar.

La probabilité que l’origine de mon saphir soit la même que celle de l’or du Rhin, à savoir le Napf, signifierait que le gisement primaire se trouverait dans les massifs bordiers des Alpes, et qu’il serait arrivé dans le Rhin, charrié par l’Aar et par la Reuss.

Mais quel qu’en soit l’origine, les orpailleurs du Rhin ont intérêt à surveiller de près les galets des batées, car on peut y trouver des pierres précieuses, et plus particulièrement des saphirs !

Suite à ma découverte, et à la publication de cette trouvaille dans le bulletin de la Fédération Française d’Orpaillage en 2002, de nombreuses trouvailles du même type ont été faites par d’autres orpailleurs.

Alors, à vos batées…

Parmi les galets, il y a des Saphirs!...
Parmi les galets, il y a des Saphirs!...
Alain au travail.
Alain au travail.
Examen minutieux du contenu de la batée.
Examen minutieux du contenu de la batée.
Un Saphir trouvé dans le Rhin...
Un Saphir trouvé dans le Rhin...
...près de Kembs.
...près de Kembs.