Chantier 1984 à la Mine Grise de Framont Grandfontaine.

L’ASAM a réalisé en 1984 une tentative de réouverture de la Mine Grise à Framont, non loin du Donon. Une équipe de l’ASAM a démarré des fouilles à l’endroit même où une équipe du Kronenbourg Spéléo Club (KS du CNRS) a abandonné en 1974 sa tentative de réouverture. Elle a été arrêtée par la nature de la roche dans laquelle fut taillée la galerie d’origine : une roche instable, composée d’un schiste, se délitant facilement.

Les diverses autorisations furent accordées : Direction des Antiquités Historique d’Alsace, autorisation de sondage n°5. Puis à l’ONF, parcelle 55 tête Mathis, les Minières. Pour une somme modique, l’ONF a donné son agrément pour faire un éclaircissement et à couper des arbres marqués par eux-mêmes. Cela permet alors au chantier d’avoir une réserve de bois rond pour les boisages. Le chantier a été clôturer et bien identifié.

 

 

En 1984, après de longues heures de travail, et la mise en place de boisage latéraux, la galerie supérieure de la Mine Grise a été atteinte, et partiellement réouverte. L’équipe spéléo de l’ASAM réussi à y pénétrer sur une dizaine de mètre. Mais, au vu du danger d’éboulement, il fallait réaliser un boisage sérieux de la galerie, et un puits d’accès. Au cours de l’hiver suivant, avec la pression latérale, le puits s’effondra. La première tentative se solde par un échec.

L’ASAM a alors fait appel à un ingénieur des mines qui a donné des conseils qui seront suivit à la lettre. Le puits d’accès a été mis 4m plus loin, dans un terrain plus stable. Les mois de travaux s’ajoutent les uns après les autres. Un premier puits, et un deuxième, avec des galeries en pentes à 30° ont été réalisés. Et cela fonctionne. Il n’y a plus d’éboulement l’hiver suivant, le tout tient bien en place. Au printemps 1986, le niveau zéro de la galerie est atteint à 6,15m du haut des travaux. A partir de là, la galerie a été boisée sur 4m, puis plus.

Echec des premiers travaux

 

Un plan d’œuvre plus sérieux

 

Les travaux ont éveillé la curiosité des gens du pays. Une auberge de jeunesse se trouve dans le hameau des Minières, et voilà un pied à terre bienvenu qui a beaucoup servi. En accord avec l’équipe dirigeante de l’auberge, une vitrine de minéraux locaux a été mise en place avec des panneaux explicatifs sur l’histoire du gisement des Minières. Un couple spécialiste de l’histoire des Forges de Framont, Mr et Mme Fischer, enthousiasmé par nos travaux, ont fait des recherches historiques sur la Mine Grise et la Mine Noire (voir rapport en fin d’article). Le conservateur du Musée Minéralogique de Strasbourg, Mr Bari, impressionné par la conduite du chantier, prend en compte la détermination des minéraux extraits, et le suivi du chantier. Un ingénieur d’exploitation des HBL (Houillères du Bassin de Lorraine), aida à la réalisation des boisages interne aux galeries, et des plans d’implantation.

Un généreux donateur de la vallée a fourni un portique et un palan pour déchargement de matériaux lourds. Ensuite, une ligne électrique a été mise en place par l’EDF pour pouvoir éclairer galeries, puits, les extérieurs et même une bétonnière. Grâce à celle-ci, le puits est donc bétonné, ainsi que le début de la galerie. Une porte a été mise en place. Par la suite, des rails et un wagonnet ont été installés dans la galerie pour l’évacuation des gravats, ainsi qu’une tyrolienne à l’extérieur.

 

 

Des documents anciens montrent, qu’à part quelques mètres d’accès instable, la suite de la Mine Grise offre une importante résistance car la roche est très dure. Reste à passer cette partie instable et à la boiser sérieusement. Ces mêmes documents indiquent que les réseaux des Mines Grise et Noire sont les plus importants du massif minier.

Mais le passage de la zone instable est vraiment difficile, et les éboulements sont constants. De plus, le chantier ayant pris du retard, et les mois, puis les années ayant passé, des tracasseries administratives multiples surgirent. L’ASAM a donc été contraint d’arrêter le chantier. Le site a été remis en état, et une dalle de béton à été coulée au-dessus des travaux. Cette dalle est visible sur place dans la forêt. Peut-être qu’un jour lointain, une autre équipe poursuivra les travaux.

Notes historiques sur la mine Grise par Mr et Mme Fischer, 1985.

A quand remonte l’exploitation de la Mine Grise ? C’est difficile à dire, dans la mesure où beaucoup de documents ont disparu. En outre ; les rapports du XVIème et XVIIème siècle, qui donnent peu les noms des mines, laissent souvent leur localisation dans le vague.

Pourtant, on relève une « minière grise » en 1668. Cette allusion se trouve dans le procès-verbal (1) d’une visite effectuée en octobre 1668 à Framont Grandfontaine par François Du Bois, Conseiller et Auditeur de la Cour des Comptes de Lorraine, pour le duc, son maître (2). Avec Christophe Marchal, maître forgeron demeurant à « La Neuville en Barambay » (3), Du Bois s’est rendu sur « la minière grise », mais celle-ci n’est plus d’aucune valeur, parce qu’il y a une cavité tout alentour, de sorte que mesme que le Mestre Mineur ayant sur environ Noël dernier voulu faire ses efforts d’en tenir encore quelques mine (4) qui y estoit, elle seroit enfoncé sur lui et il a esté accablé et couver de grande quantité de terre… L’histoire ne dit pas si le Maître Mineur a survécu !

Le jugement de l’expert, qui ajoute d’ailleurs que cette minière est au bord de l’épuisement, nous fait penser qu’elle n’est pas identique à la galerie qui fait l’objet de recherches. Mais, on peu supposer qu’elle se situait au moins dans le même secteur.

A la fin du XVIIIème siècle, on trouve des indications plus précises et des détails concrets. Le 11 Messidor An IV (19 juin 1795) au moment où les mines et forges nationales de Framont Grandfontaine sont sur le point de devenir propriété privée et de passer à la famille Champy, on élabore un inventaire (5) précis des biens immeubles mis en vente. Parmi ceux-ci, outre les usines, maisons et terrains, figurent évidemment les mines en exploitations : « la première Mine Rouge dite de Grandfontaine », la Mine Noire, la Mine Grise, et la Mine Rouge ». Jetons un coup d’œil sur ce que l’on dit alors de celles qui intéressent plus particulièrement l’ASAM : « Près de là de Clevenot et au commencement de la forêt dite le revers de la tête mathis, est placé, est placé l’entrée de la Mine Noire à côté de laquelle est le hallier destiné au nettoyement de la mine ; la galerie a cent trente toises de longueur, la profondeur est de deux cents pieds. Cette Mine Noire est terreuse, de bonne qualité, mais peu riche, elle exige beaucoup de bois pour préparations, occupe vingt cinq à trente ouvriers par jour, et consomme vingt livres de poudre noire par mois. Vingt toises à droite de la Mine Noire commence la Mine Grise, il y a une baraque d’ouvriers à côté de laquelle est l’ouverture de la galerie ; quatre toises plus bas est le hallier de nettoyement. La galerie à cent trente toises de longueur, la mine est à la profondeur de deux cents pieds : elle est dite assez bonne, occupe trente cinq à quarante ouvriers, l’exploitation est très difficile, elle consomme quatre vingt livres de poudre par mois. »

A titre de comparaison, précisons que la Mine Grise occupait autant d’ouvriers que celle de Grandfontaine, la plus riche. Mais elle engloutissait à elle seule autant de poudre que les trois autres réunies, ou peu s’en fallait.

On y pratiqua l’extraction jusqu’en septembre 1844. La Mine Noire du haut fut fermée trois mois plus tard. Celle du bas, seule exploitée avec la Mine dite de Grandfontaine en 1849, ne survécu pas longtemps (6). Déjà avait commencé la lente agonie de Framont. Quand les forges, jadis si célèbres, cessèrent toute activité en 1867, l’eau avait déjà pris possession des galeries, des plus récentes au plus vieilles, et les effondrements se multipliaient.

  1. Archives départementales de Meurthe et Moselle.
  2. Le duc de Lorraine était l’héritier des comptes de Salm de la première dynastie et possédait alors les mines en indivis avec le Prince de Salm.
  3. La Nuville en Barambay ou Neufville en Barembach n’est autre que Schirmeck.
  4. Autrefois on appelait « mine » le minerai.
  5. D. Vosges – 4Q62.
  6. D. Vosges – 399S2.