Valmalenco 2019

En juillet 2019, la sortie d’été de l’ASAM a été programmée en Italie, dans le haut du Valmalenco. Le dernier village accessible en voiture est Chiareggio. Le dernier bâtiment de  la vallée est l’hôtel Gembro. 10 membres de l’ASAM y  ont séjourné. Voici leur histoire, par Christian..

1er jour.

Le covoiturage étant la règle, deux voitures sont prévues pour le voyage. Dans la première, au départ de Strasbourg et pilotée par Jean-Luc Deborde, se trouvent Loïc Riou, Martin Brolly et Etienne Ludes. Dans la deuxième, au départ de Molsheim et pilotée par Christian Rudolf, se trouvent Christine Frey et Paris Valdespino. Claire Haubensack sera prise à Colmar. Une troisième voiture avec Emmanuelle Laizay et Théobald Guffon est partie d’Aix-en-Provence. Donc 10 personnes au total.

Après une route sans encombre, nous avons franchi le Schplugenpass vers 12h00 et un petit lac du côté italien nous a fourni un bon coin pour notre repas de midi. La longue descente de ce col est vraiment incroyable et les virages sont très très serrés ! Arrivée vers 16h00 à Chiareggio, puis au bout du village, à l’hôtel. Il est confortable, présente de bon repas, et peu dispendieux. Les deux autres voitures sont arrivées peu après, et les retrouvailles se sont faites dans la joie. Les chambres ont été vite occupées et la fin d’après-midi a été consacrée à visiter les anciennes maisons du bourg. Cela nous a permis de passer à « l’Alimentari » pour prendre de la Bressaola et du pain avec des fruits pour la virée du lendemain. J’ai été reconnu par la serveuse, à la surprise de tous. Il est vrai que j’y suis venu plusieurs fois, la dernière était en 2008…

Puis, j’ai proposé de faire un tour à l’hôtel en face « Albergo » pour voir les vitrines de minéraux locaux. Jadis, j’avais séjourné plusieurs fois dans cet hôtel et je connais bien le patron et la patronne.

2ème jour.

Petit déjeuner tôt le matin, et départ à 08h00 pour le Val Sissone. Il s’agit d’une mise en jambe, et d’une reconnaissance des difficultés de la Via 3 qui monte au refuge du Grande Camerini. Tout d’abord, le chemin est aisé jusqu’au lieu dit la Forbesina. Puis, le sentier se perd dans la forêt de mélèze, au bord du grand torrent. Ensuite, les premiers pierriers sont traversés. Beaucoup d’études sur les gros blocs. On y voit déjà des traces d’Epidote, de Pyrite, et même des traces d’Aigue-marine !

Puis le sentier devient de plus en plus difficile. Il est classé alpinisme niveau 1 car il faut s’aider des mains pour progresser. Et ce sont les premiers abandons. Nous nous scindons en deux équipes. La première continue vers le haut, tandis que l’autre va chercher près du torrent et au début de la moraine. Pour une première marche, cela a été dur pour tous. Notre équipe est arrivée à la cote 2500m, mais le pic du Cima Rosso est encore loin…car c’est là que l’on trouve de grandes Epidotes. On s’arrête pour manger un peu.

Mais, vers 14h00, le ciel se couvre, puis s’assombri. A la surprise générale, je fais signe à tous que c’est le moment de redescendre au plus vite pour retrouver le sentier. Cela fait longtemps que nous sommes en hors piste, et au vu du terrain très pentu, et d’un seul passage dans les falaises, il ne faut pas se retrouver dans les nuages ou pire, dans un orage. Une descente rapide est menée, mais trop tard ! Au moment d’arrivée sur le sentier, l’on entend un coup de tonnerre au loin. Ma hantise est toujours de subir un orage en haute montagne, et plus encore avec un groupe ! J’en ai fait l’expérience, et je peux vous dire que je ne le souhaite à personne car la foudre qui claque autour de soi est terrifiante. Bref, une pluie généreuse et brutale nous mouille subitement. Nous n’avons même pas eu le temps de mettre les équipements que nous étions déjà trempés ! De nombreuses glissades sur ce sentier très raide, les chutes sont nombreuses, mais contrôlées. Malgré cela, la descente du sentier alpin se fait rapidement, avec un deuxième coup de foudre assez proche. Et quand nous étions hors des difficultés majeures et en bas de la grande montée, la pluie s’arrête aussi vite qu’elle était venue…puis le soleil apparaît timidement. Une demi-heure de douche, trempé à merveille, et c’est le grand beau temps qui revient ! Nous profitons de la chaleur revenue pour faire une longue halte de séchage. Les chaussures inondées sont vidées. Et tous les pulls, vestes, pantalons, chaussettes, chaussures sont exposés au soleil, dans une grande rigolade.

Après cet épisode, retour à l’hôtel vers 17h00, par le même chemin. Un bon repas nous a été préparé pour 19h30. Repas copieusement arrosé de vin local…et d’un excellent génépi. Tout le monde s’est couché tôt ce soir-là.

3ème jour.

A 07h30, tout le monde au petit déjeuner, puis à 08h00 c’est le départ. Aujourd’hui, nous allons nous répartir dans deux voitures et changer de vallée. Redescendre jusqu’à Chiesa à travers la route improbable dans la montagne et les carrières de serpentine. Une route de la largeur de la voiture avec de rares passages d’évitement…sans parapets bien sûr, car ce serait trop simple ! Et évidemment, on rencontre un bus et un camion qui eux, remontent. Frayeur pour certains qui sortent, en voyant la voiture avec les pneus à 20cm du vide…Pas le moment de manœuvrer de travers, rentrer les rétros, et rester calme. Puis la remontée vers le Lago Di Gera se fait par une route du même type. Ce lac est à 2000m d’altitude. Parking de la voiture au pied d’un grand barrage. Départ de tous à 09h30 vers le refuge Bignami qui est atteint en un peu plus d’une heure. Puis de là on remonte doucement dans une belle vallée vers le Sasso Moro. Les gisements se trouvent à gauche, jusqu’à la crête qui surplombe le lac.

Sitôt sur place, pas le temps de traîner. Les recherches sont de suite menées dans le pierrier aux serpentines. On y trouve de la Ripidolite (une variété de Clinochlore) accompagnée d’un minéral très rare en nodule et couleur lie de vin : la Titaneclinohumite. De nombreuses veines de Magnétite sont visibles dans les blocs et rochers. Avec de la chance ont peut trouver de petits octaèdres de ce minéral, mais elle est généralement massive. Dans des veines de Calcite, il est possible de trouver de la Pérovskite brune, mais cela reste vraiment rare. Théobald a trouvé un bloc avec des encroûtements vert de cuivre.

Le temps est au beau fixe et nous avons cherché toute la journée. Vers 16h00, c’est la descente en laissant un peu en arrière Claire et Paris qui tardent un peu. Ils ont du mal à quitter cet endroit magnifique. Passage rapide par refuge Bignami, puis une heure après, on retrouve nos voitures, et on attend les derniers : Paris et Claire. Et c’est à partir de ce moment là que les événements s’enchaînent. L’attente commence, et après ¾ d’heure d’attente, une première voiture avec 5 membres de l’ASAM repart vers Chiareggio. Mais pas de nouvelles des deux derniers. Théobald et Emmanuelle restent avec moi. Essais de contact téléphonique vers eux, mais pas de réponse. En fait Paris avait un autre téléphone, donc pas de nouvelles possibles. Claire a voulu me contacter, mais ma batterie était vide. Et l’attente se prolonge. Nous décidons, de remonter le barrage pour avoir des nouvelles. Il est 19h00, et toujours personnes, d’où une inquiétude grandissante. En fait, Claire s’est tordu le genou. Un guide l’a vu et l’a emmenée au refuge où un diagnostic a été fait : impossible de marcher sans aide. Hélicoptère, ou bien descente avec des bâtons ? C’est cette dernière solution qui a été prise avec donc un retard de 2 heures. Mais plus de peur que de mal, C’est l’essentiel et nous sommes repartis vers 19h30, en ayant réservé le repas du soir pour 20h30. Quelle journée ! Cela m’en a rappelé une autre dans le Zillertal, il y a quelques années…

4ème jour.

Tout le monde se retrouve à 07h30 pour le petit déjeuner. Il y aura deux équipes : une dirigée par Martin qui connaît un fabuleux site de Rutile à l’Alpe Sevenedo. L’autre équipe, composée par Théobald, Emmanuelle, Christine, Etienne, Paris et moi-même, allons tenter d’atteindre le site à Aigue-marine et Hessonite, ainsi que les Epidotes. Après l’échec du premier jour, nous étions motivés pour y arriver. Refaire le même sentier…et affronter les mêmes difficultés de la Via 3 ! Mais il fait un temps superbe, et c’est l’occasion. Les montées très raides ont été vaincues et nous avons mangé le repas de midi dans les immenses pierriers vers la Cima Rosso, à 2500m d’altitude. Il se trouve que je ne me souvenais plus du parcours, et on est en hors piste depuis longtemps. Puis nous attaquons une espèce de crête très raide. Mais plus nous montons, plus les névés sont importantes, à droite comme à gauche.

Et c’est vers 14h30 que nous arrivons au bout de cette crête. Des névés de plusieurs mètres de neige tout autour de nous ! Le GPS indique une altitude de 2750m. Une photo mémorable du groupe a été prise.

Une vue époustouflante sur des sommets au loin. Nous sommes très haut. Trop haut en fait, car je me suis trompé et nous avons dépassé l’altitude des Béryls de 150m, ce qui est énorme en montagne. De toute façon, les sites de Béryls, Hessonite et Epidote sont sous la neige, ce que je n’avais jamais vu. C’est la montagne qui décide toujours, mais personne ne regrette cette petite promenade. Cela ne nous empêchera pas de chercher dans la descente et nous avons trouvé un gros bloc avec de la Ferropargasite. Il a été débité en morceaux et nous avons partagés les échantillons. Le groupe est resté uni toute la journée, et c’est cette cohésion de groupe qui nous a permis de monter aussi haut, de nous surpasser. La descente a été longue, néanmoins, le sentier dans les falaises a été vite retrouvé.

Le ciel ne fut menaçant qu’à la fin de la journée, mais pas de pluie. Nous sommes de retour à l’hôtel pour 18h30. C’était la plus grande course de cette année, 10h00 de marche et 1100m de dénivelé, fourbus, mais contents de cet exploit. Pendant ce temps, la deuxième équipe avec Martin a aussi beaucoup marché. Petite ballade prévue, devenue une bonne marche. Le site à Rutile devait être à 10 minutes. Mais Martin a oublié où se trouvait l’endroit fabuleux. Pas grave, ils ont faits de la visite…

La soirée s’est terminée comme chaque jour à table. Un bon repas accompagné d’un bon pichet d’un litre de vin local, et l’ambiance était assurée… D’ailleurs, il y a eu plusieurs pichets…

5ème jour.

Ce matin, petit-déjeuner à 08h00, c’est la grasse matinée. Et pour cause : il a neigé cette nuit ! Tous les sommets ont blanchis, la neige commence à 1900m. Très beau spectacle, mais pas de marche aujourd’hui. D’ailleurs personne n’en a envie ! Aussi, nous avons fait une réunion de minéralogie sur les échantillons trouvés. Réunion très studieuse avec partage d’échantillons. Pour cela, le Gembro est doté d’une grande salle de séjour pour séminaires et réunions.

En fin de matinée, tout le monde est redescendu à Chiesa par la superbe route sans parapets. En rencontrant en face un bus et plusieurs camions… cela ne peut être autrement. Puis, visite de cette localité, avec recherche d’une pizzeria que je connaissais, mais qui n’est plus qu’un bar. Et c’était la seule ouverte. Là, je me suis fait chambré par Claire. Nous sommes remontés à pied sur les hauteurs de Chiesa pour finalement trouver un resto, un peu chic. De très bons plats nous ont été servis. A la suite de cela, retour tranquille en haut, à Chiareggio. La fin de la journée, quelques-uns ont fait une ballade le long du torrent, d’autres ont dormis, d’autres ont pris des bières, la routine quoi. Ce séjour s’est passé trop vite. Mais l’isolement, loin de tout fait du bien et tous ont été enchantés. Il a été décidé que la sortie d’été se renouvellera l’an prochain ici, et nous avons réservés 10 chambres pour 2020. L’hôtel en compte 30.

6ème jour.

Petit-déjeuner à 07h30 et c’est la séparation, chaque voiture fait son trajet à sa vitesse. Pour ma part, j’ai proposé de revenir par le col de la Bernina. Puis, direction Chur en Suisse. Claire est déposée à Colmar vers 17h00, et retour à Molsheim vers 18h00. Superbe séjour, qui n’a pas manqué de nous donner un brin de nostalgie au retour.

L’hôtel est à 1650m d’altitude

Tôt le matin au petit déjeuner

On se regroupe

Christine et Claire

Vers le Val Sissone

Début facile dans la forêt

Christine, Emma et Christian

Premiers pierriers

Paris

300m de dénivelé dans les falaises

La Cima Rosso

On redescend, la pluie arrive.

Emma

Dans les serpentines

Jean-Luc, Loïc et Christian

Etienne

Très haut au pied de la Cima Rosso

Trop de neige cette année

Il a neigé jusqu’à 1900m cette nuit!

Dernier jour, levé de soleil.

Epidote de la Cima Rosso. Ch4cm

Beryl Aigue-marine du Val Sissone. Ch5cm

Grenat Hessonite du Passo Mureto. Ch7cm

Perovskite du Sasso Moro. Ch5cm

Perovskite du Sasso Moro. Ch2cm

Loïc

Avec des ruisseaux

On attaque la grande montée

Repas à 2500m d’altitude

Claire

Le Sasso Moro est en serpentine

Recherches au pied du Sasso Moro

3eme jour vers le Sissone

Le soleil commence à taper fort

Christian

Le groupe à 2750m d’altitude

Aigue-marine inaccessibles au milieu des névés…

Réunion minéralogique et partage des échantillons

Au retour, au col de la Bernina.

Epidote du torrent du Val Sissone. Ch12cm

Grenat Hessonite de la Baroni. Ch4cm

Titaneclinohumite du Sasso Moro. Ch8cm

Ripidolite (Clinochlore) du Sasso Moro. Ch10cm